La maîtrise du temps avec Stéphanie Payet
Il y a des femmes qui suivent le mouvement. Et puis il y a celles qui choisissent leur moment…
Stéphanie Payet appartient à cette seconde catégorie. Auteur, compositeur et interprète, rien, dans son parcours, ne relève de l’improvisation. Tout est affaire de construction, de justesse, de temporalité maîtrisée. La musique, présente dès l’enfance, n’a jamais disparu : elle a été contenue.
Tenue à distance avec lucidité, pendant que s’édifiait une vie solide : une famille, une trajectoire professionnelle, un équilibre. Des années plus tard, le geste change. Non pas sous l’effet d’un manque ni d’un regret.
Mais d’une décision. Celle de ne plus différer.
Avec sa chanson La Bonne Adresse, Stéphanie Payet ne signe pas un retour. Elle impose une lecture : celle d’une femme qui s’autorise enfin à occuper pleinement son espace. Sa voix, posée, sans excès. Son écriture, précise, ancrée dans le réel. Son esthétique, où l’identité créole rencontre une modernité sobre et affirmée. Rien n’est démonstratif. Tout est tenu. L’orchidée rouge qu’elle érige en emblème ne cherche pas à séduire. Elle affirme une dualité maîtrisée : délicatesse et résistance, présence et retenue.
Dans un paysage dominé par l’instantané, Stéphanie Payet introduit une autre valeur : celle du temps choisi.
Comment s’est enclenché le processus de création ?
Par une phrase très simple, notée un matin. Elle a ouvert un espace d’écriture. D’autres textes ont suivi, puis les mélodies.
Que représente La Bonne Adresse dans votre parcours ?
C’est un point d’ancrage. Le message est direct : il n’est jamais trop tard pour donner forme à ce qui compte réellement.
Qui est Stéphanie Payet aujourd’hui ?
Une femme qui, à un moment précis de sa vie, décide de redonner une place centrale à la musique, avec clarté et intention.
La musique faisait-elle toujours partie de votre parcours ?
Oui. Elle est présente depuis l’enfance. À 19 ans, j’ai participé à Taratata, une expérience marquante. Ensuite, j’ai fait le choix de me consacrer à ma famille et à ma carrière dans la communication. La musique est restée en arrière-plan.
Pourquoi revenir aujourd’hui ?
Je suis maman de deux enfants : une fille de 20 ans et un fils de 16 ans. Le départ de ma fille pour ses études a créé un nouvel espace. Cela m’a amenée à me recentrer et à me poser une question essentielle : qu’est-ce que je choisis pour moi, maintenant ?
Votre entourage musical semble structurant.
Oui. Alexandre Sorres m’accompagne à la guitare. Nous avons une relation construite dans le temps. Son fils, Mahé Sorres, à la basse, et Vincent Phileas aux percussions. Il y a une cohérence humaine dans cette équipe. Sans oublier, bien sûr, les moments en studio partagés avec Alain Techer,
« Pour moi, c’est le magicien de la bonne adresse »
Vous avez fait pas mal de scènes, non ?
Oui, en première partie au Théâtre de Saint-Gilles en décembre 2025. C’était une étape importante, très concrète. Mais il y en a eu beaucoup d’autres ensuite.
Comment définissez-vous votre univers artistique ?
Un équilibre entre folk and pop, avec une identité créole contemporaine. Je recherche la cohérence entre le fond et la forme, mais surtout l’émotion.
Pourquoi l’orchidée rouge ?
Pour ce qu’elle évoque : une féminité complète, à la fois délicate, résistante et discrètement affirmée.
Existe-t-il un rituel avant de monter sur scène ?
Oui. Un temps de respiration collective, suivi d’un mot que nous partageons : « Jabotikaba ». C’est un repère d’énergie.
Votre écriture semble très liée au quotidien.
Oui. Je pars souvent de choses simples. Carré de chocolat, par exemple, évoque les petits moments qui donnent de la densité au quotidien.
Des projets ?
Un nouveau titre, La Dame au Jardin, en hommage à mon île.
Un mot pour conclure ?
Platon disait : « La musique agit profondément sur l’âme, et j’y crois… »
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